LUTTE CONTRE LE PALUDISME, OU EN SOMMES-NOUS ? ANALYSE ET DECRIPTAGE

Le paludisme est une maladie parasitaire qui  se transmet par la piqure d’un moustique femelle appelé anophèle. La prolifération des moustiques, vecteurs de cette maladie redoutable, provient des zones marécageuses, des zones insalubres, des flaques d’eau très abondantes en Afrique subsaharienne.
Plus de deux siècles après il n’a pas encore fini de livrer ses derniers morts. Cette maladie a atteint son summum de catastrophe dans les années 1980-1990 où pratiquement tous les coins de la planète étaient sous le choc. Cette pandémie n’a depuis lors cessé de décimer la race humaine. Chaque année, des millions de personnes sont atteintes (plus de 90% en Afrique subsaharienne) et des centaines de milliers en  meurent dans le monde (78% en Afrique subsaharienne).
Les séquelles laissées par le paludisme (le très redoutable « falciparum ») chaque dans le mode, surtout en Afrique, n’a pas laissé indifférent les autorités politiques et sanitaires de la planète. Plusieurs acteurs de la santé (Etats, OMS, ONU, Roll Back Malaria, secteur privé, société civile, monde universitaire)  se sont jeté corps et âmes dans la lutte depuis 1990 pour une totale éradication. Depuis 30 ans plusieurs essaies de vaccin sans résultat  véritablement probant ont été effectuées.
Au plus fort de la crise, le paludisme a fait        beaucoup de morts d’autant plus qu’aucun traitement efficace n’était disponible. Mais au-delà de tout, une grande question demeure aujourd’hui, arrivera-t-on un jour à éradiquer ce mal qui ne fait aucun pitié, qui tue hommes, femmes et enfants (2/3 de décès chez les enfants de moins de 5ans sont liés au paludisme).

État des lieux de la lutte menée et les résultats
Devant un tel ravage occasionné par le paludisme, une guerre sans merci a été déclenchée  sur plusieurs fronts avec pour objectif primordial l’élimination de la face du monde de cette maladie à haut risque mortel. Les acteurs de nature multiple et d’horizons divers donnent de toute leur capacité pour y arriver. Trois  progrès majeurs notés sont à mettre à l’actif des acteurs
-         Test avec diagnostic rapide
-         Disponibilité des dérivés d’artémisinine
-         Distribution généralisée des moustiquaires imprégnées
Ainsi, en 25 ans, des moyens considérables, efficients et opérationnels ont été concoctés et exécutés. Les  méthodes de prévention et de traitement : utilisation de moustiquaires imprégnées (des centaines de millions distribuées dont environ 1 milliard en Afrique), pulvérisation des insecticides, la production et fourniture des médicaments (Quinine, le Traitement Présomptif Intermittent surtout pour les femmes enceintes, Artémisinine (13% seulement administré aux enfants présentant de la fièvre en Afrique subsaharienne ; document Malaria Atlas Project), l’élimination des gîtes et des points d’eau, l’assainissement), tous ces moyens combinés à la détermination des acteurs sur le terrain ont fait diminuer la fréquence mortelle du paludisme.
Les rapports de l’OMS sur la situation de la lutte contre le paludisme font état des chiffres encourageant même si on doit reconnaitre que la guerre n’est pas encore gagnée. En effet, ces rapports font cas de 438 000 personnes décédées de la maladie en 2015 dont 90% en Afrique. On observe ainsi une régression de 37% de l’indice du paludisme et de 50%  la mortalité associée par rapport aux années précédentes. Ce rapport mentionne aussi que la maladie du paludisme a été éliminée en Europe, dans les Cocasses, au Zanzibar  et en Asie centrale et que 6 pays africains pourront réussir à en faire autant d’ici 2018. Sur les 106 pays où la transmission était active en 2000, 64 sont en bonne voie pour inverser la tendance de l’indice du paludisme qui était l’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement (Objectif 6). Parmi ces pays, 55 ont atteint la cible fixée par l’assemblée mondiale de la santé et son partenaire  Roll Back Malaria à savoir réduire de 75% le nombre de cas du paludisme en 2015. Dans le même temps on enregistre une baisse sensible du taux de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans et qui est estimé à 65%, ce qui représente 5,9 millions de vies d’enfants épargnées sur 6,2 millions au total (enfants et adultes)
D’énormes sacrifices financiers consentis ont permis d’aboutir à ces résultats même si il faut avouer que cela n’est qu’une goutte d’eau dans la mer.
Sur 5,1 milliards de dollars de financement des programmes antipaludique nécessaires chaque année pour atteindre l’objectif principal, l’élimination de la maladie, seuls 53% ont été débloqués.
Entre 2005 et 2013 les décaissements internationaux pour lutter contre le paludisme dans la région Afrique de l’OMS ont augmenté à un taux annuel de 22% contre 15% dans les autres régions, financements nationaux de 4% contre 2% dans les autres régions. En 2013 les fonds décaissés pour la région Afrique de l’OMS ont représenté 72% du total au niveau mondial, contre 50% en 2005.
En ce jour on parle de la mise au point d’un vaccin, le RTSS, dont les essais cliniques démontrent une efficacité contre le falciparum comprise entre 30 et 50% voire 60%.
Le Togo dans la lutte
Le Togo notre pays ne fait pas exception. Situé dans la zone tropicale, le Togo fait partie des pays africain les plus paludiques.
Engagé activement dans la lutte contre le paludisme au travers le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) et d’autres initiatives, le Togo, appuyé par l’organisation mondiale de la santé (OMS), combat avec efficacité le paludisme. Les pouvoirs publics ont fait d’importants efforts pour réduire le nombre de personnes atteintes.
Des centaines de milliers de moustiquaires imprégnées ont été distribuées dans tout le pays. Les traitements antipaludéens sont gratuits dans les hôpitaux publics. Les femmes enceintes bénéficient aujourd’hui gratuitement du traitement préventif par Intermittence lors des consultations et sont sous le contrôle rigoureux des sages-femmes. Le gouvernement, les comités villageois de développement, les associations et les ONG épaulés par l’appui technique, humain et financier de l’OMS, sont chaque fois sur le terrain et déploient d’énormes efforts. Les sensibilisations porte à porte et de masse constituent un canal efficace pour atteindre beaucoup de personnes.
Ces efforts déployés par le Togo ont été récompensés par un prix d’excellence décerné en 2015 par l’Alliance des Dirigeants Africains contre le paludisme (ALMA), ce prix rappelons-le a été créé dans le cadre de l’agenda pour l’éradication  du paludisme en Afrique, il est décerné chaque année par un comité de sélection indépendant  composé de représentants de l’OMS, de Roll Back Malaria, du secteur privé, de la société civile et du monde universitaire. 
Les difficultés ou entraves à la lutte 

La lutte contre les parasites vecteurs se heurte à beaucoup de difficultés.
_ D’abord elle tend à être de plus en plus complexe compte tenu des résistances aux médicaments et aux insecticides que développent les moustiques, à leur capacité d’adaptation et même de mutation, d’où l’appellation par certains de « moustiques blindés ».
_ Ensuite certaines zones insalubres constituent encore des points focaux d’éclosion des moustiques et propice à leur développement. Le manque d’assainissement devenant ainsi un frein considérable dans la lutte contre le paludisme.
L’inaccessibilité de certaines zones jugées exposées. Dans ces zones, l’accès des malades du paludisme aux traitements adéquats et aux moustiquaires imprégnées est presque inexistant. Ce qui entraine un nombre élevé des cas de contamination et de décès.
Il faut dire que dans beaucoup de cas, les malades ne vont dans les centres de santé que lorsque le mal est à un stade critique. Dans le même temps, certains disent ne pas pouvoir utiliser les moustiquaires imprégnées.
_ Enfin, demeure crucial et d’actualité le problème de financement. Il est à noter que les contributions ont augmenté mais ce n’est que la moitié des promesses faites. La lutte nécessite encore des moyens financiers colossaux pour une prise en charge intégrale et une éradication totale.
Encore des sacrifices considérables à consentir
Cependant, et malgré ces progrès considérables, le paludisme demeure un problème de santé publique dans de nombreuses régions, en particulier l’Afrique subsaharienne. En 2015 on estime à 214millions le nombre de nouveaux cas de paludisme
Des millions de personnes à risque n’ont toujours pas accès aux moustiquaires imprégnées, aux tests de diagnostic et aux combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine. En conséquence 198 millions de cas de paludisme chaque année.
Au niveau mondial, près de la moitié de la population (3,3 milliards) dans 97 pays et territoires est exposé au risque du paludisme (plus d’une chance sur 1000 de contracter la maladie au cours d’une année (données des rapports des  programmes des nationaux de luttes contre le paludisme)
En Mai 2015, l’Assemblée Mondiale de la Santé la « stratégie technique mondiale contre le paludisme », une nouvelle feuille de route sur 15 ans pour la lutte antipaludique. Elle vise à une réduction supplémentaire de 90% de l’incidence du paludisme et de la mortalité mondiale d’ici 2030.
La Journée mondiale de lutte contre le paludisme célébrée le 25 Avril 2016 a été placée sous le sceau de « l’intensification de la lutte pour une éradication totale ». Pour y arriver il va falloir que les acteurs et partenaires de tous bords, les populations, se donnent un défi supplémentaire. Donner et se donner. La lutte anti vectorielle, la distribution des moustiquaires imprégnées, les traitements préventifs et curatifs doivent être intensifiés et globalisés,  surtout dans les régions à forte pandémie.
L’enjeu est de taille, et il faut donc de ce fait déployer de grands moyens pour relever le défi, car il en va de la survie des hommes.
a

Aucun commentaire

Fourni par Blogger.