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12 mai 2020

L'initiative citoyenne des togolais engagés contre le covid 19 en vaste campagne de riposte dans les Lacs

L'Honorable Député Eric Banybah au milieu dans le marche d'Agouégan / Crédit photo ICTE COVID-19

« Elle » a déjà fait ses preuves sur le terrain dans deux (02) grandes villes au sud du Togo à l’intérieur de la Région Maritime à savoir le grand Lomé et la préfecture de Zio. Aux fronts dès les lendemains de l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire décrété le 1er Avril 2020 par le Chef de l’Etat Faure Gnassingbé, ses milliers de masques remarquables, sont depuis quelques jours sur le visage des milliers de togolais. « Elle », c’est l’« Initiative Citoyenne  des Togolais Engagés contre le Coronavirus » (ICTE COVID-19). Ce lundi 11 mai 2020, elle a débarqué dans la préfecture des Lacs avec une équipe rompue à la tâche. Le mot d’ordre est le même que pour les précédentes sorties : sensibiliser, conscientiser et faire dons de matériel de protection contre la COVID-19  en soutien à la riposte engagée par le gouvernement à la pandémie.

La sensibilisation dans les Lacs, un choix légitime et justifié

Parti de sa base au marché de Cacaveli dans la commune Agoè-Nyivé 1 à Lomé aux environs de huit (08) heures GMT, le convoi de l’« Initiative Citoyenne  des Togolais Engagés contre le Coronavirus » ( ICTE COVID-19), fort de sa dizaine de volontaires accompagnée d’une équipe de 4 journalistes dont nous faisons partis, est arrivé à destination après une (01) heure et demi de trajet, représentant près de 70 kilomètres de parcouru, ceci sans oublier la vingtaine de minutes passée à un check point de la police et de la gendarmerie à Agbodrafo en direction d’Aného sur la National N°2. Sous la direction de l’Honorable député Eric Banybah, l'Initiative a d’abord posé ses valises à Agouégan, l’un des 3 principaux cantons de cette commune frontalière du Bénin.

Ce jour du lundi 11 mai, c’est la 39ème année commémorative de la mort la star jamaïcaine de renommée mondiale Bob Marley. Pendant que certains passaient leur temps à écouter et danser au rythme des sons reggae, l’« Initiative citoyenne  des togolais engagés contre le coronavirus » (ICTE COVID-19) a choisi de passer sa journée aux côtés des populations de la commune Lacs 2. L’objectif est d’agir efficacement et de façon efficiente pour constituer un rempart au coronavirus qui circule au Togo depuis le 6 mars 2020. Les habitants de cette grande ville pleine d’histoires, malgré leurs multiples occupations, se sont bien prêtés à l’exercice, puisque c’est sur des dénouements concluants, et du devoir accompli avec de réels impacts, que les deux parties se sont séparées aux environs de seize (16) heures GMT.

Des populations des Lacs 2 complètement en déphasage avec les gestes barrières

Aux portes du village, un mini marché de quelques dizaines de vendeurs au visage nu. A côté, des véhicules taxi- bagages en stationnement. A leur bord, des chauffeurs et leurs aides. Certains n’ont pas de masques, et quelques-uns qui en possèdent l’ont porté en l’envers, c’est-à-dire sous le menton ou sur le front, ou carrément l’ont mis comme bracelet sur leur bras. Tout près, des bonnes femmes revendeuses de denrées alimentaires, de jus de fruits, et vendeurs d’articles d’art, des ossements d’animaux et autres. Le constat est le même, majoritairement pas de masque. En nous voyant descendre des véhicules avec nos outils de travail et déchargeant le matériel, ils laissaient promener leur regard curieux et vigilant à notre égard. Ceux qui se sont aperçus que la délégation est là au sujet de la covid-19 s’étaient mis à murmurer entre eux, craignant plus ou moins des réprimandes.

Cette campagne de de sensibilisation couplée de distribution de matériel de protection et d'hygiène contre la propagation de la maladie de coronavirus, a démarré dans la matinée vers dix (10) heures  30 minutes sous un soleil de plomb (bien que ce soit la saison des pluies au sud du Togo), après une dizaine de minutes de formalités d’usage au domicile du Chef Togbui ALOFA. Etaient également présentes, les autorités locales administratives telles que le préfet et le directeur préfectoral des Lacs, ainsi que quelques forces de l'ordre en service dans le milieu. Le point de départ est le marché moderne d'Agouégan, qui s’anime intensément tous les lundis et qui accueillent des commerçants et clients venus d’autres localités comme Vogan. C’est une place qui longe le fleuve Mono, un cours d'eau qui constitue la frontière naturelle entre le Togo et le Bénin.

La ligne à suivre par les volontaires engagés sur le terrain était simple, faire de la pédagogie, opter pour l’approche participative et inclusive pour faire dissiper toute idée de scepticisme et d’incivisme qui ont déjà pris place dans la mentalité de ces populations. Et pourtant on nous a discrètement signalé que le premier cas du coronavirus enregistré au Togo est passé par ce passage frontalier en provenance du Bénin voisin. Une information confirmée plus tard lorsque nous nous sommes aperçus d’un échange houleux entre le commandant de la gendarmerie territoriale d’Aklakou et d’autres éléments de la police nationale et des gardes-frontières. L’officier se plaignait du manque de vigilance sur les  trafics en pirogues qui ont court sur le fleuve Mono pour rejoindre le marché alors même le Togo avait fermé ses frontières. Il n’a pas peiné à nous montrer la scène.

S’étant emporté, il  déclara : « C’est ce que vous aviez fait et le premier cas est passé sous vos nez ici, et voilà ce que ça engendré à ce jour. Je vous préviens, si vous ne vous ressaisissez pas, je me ferai le plaisir de rendre compte fidèlement à la hiérarchie », a menacé le commandant à l’endroit de ses frères d’armes.

Volontaires distribuant les masques.  
En suivant le groupe de sensibilisation dans le marché qui était déjà plein de monde, le constat est le même, à savoir banalisation pure et simple des mesures et gestes barrières : pas de dispositifs de lavage des mains, port des masque négligé, distanciation sociale foulée au pied. Une vendeuse de jus de fruits, la quarantaine d’âge, ne s’est même pas privée de clamer haut et fort : « j’ai au moins 4 masques à la maison auxquels je n’ai pas touché. Le cinquième est ici dans ma poche ».


Une campagne de sensibilisation à impacts directs et concrets: le message a porté ses fruits

S’étant résolument engagés à renverser la tendance avant de quitter la Commune Lacs 2, les membres de l’ICTE COVID-19 se sont immédiatement répartis par groupe pour communiquer et conscientiser les marchands et autres usagers de ce marché, les amenant à savoir que le coronavirus existe bel et bien au Togo, et de quel type de maladie il s’agit.

En effet, abordant les causes, ils ont indiqué à leurs hôtes que la COVID-19 est une maladie infectieuse de type zoonose virale, nouvellement identifiée en provenance de Wuhan, en Chine et qui a fait l’objet d’une attention mondiale à partir de décembre 2019. L'agent pathogène est le SARS-CoV-2. Le virus se propage par des gouttelettes respiratoires. Quant aux symptômes, ils ont parlé de fièvre supérieure à 38,1°C, toux sèche, des courbatures, des douleurs musculaires, des frissons, fatigue intense, des maux de tête,  rhume, perte de goût, diarrhée …

Dans leur communication, les agents de sensibilisation ont fait savoir que le minimum pour être épargné est de s’approprier les mesures et barrières, les respectant au quotidien. Celles-ci sont :

·         Se laver régulièrement les mains à l'eau et au savon et essuyer avec un papier à usage unique ou réaliser une friction avec un produit hydroalcoolique (FHA), notamment après s’être mouché, avoir toussé ou éternué, être allé aux toilettes, ou encore après chaque sortie à l’extérieur, après avoir pris les transports en commun…

·         Se couvrir systématiquement le nez et la bouche quand on tousse ou éternue.

·         Se moucher dans un mouchoir à usage unique à éliminer immédiatement dans une poubelle.

·         Éviter de se toucher le visage, en particulier le nez, la bouche et les yeux.

·         Porter un masque. Une fois le masque bien ajusté, ne pas le toucher.

·         Distanciation physique minimales (plus d’un 1 mètre et mieux 2 mètres) entre les personnes.

La seule façon de savoir si on est infecté et de faire le test de dépistage.

Ils ont sillonné toutes les artères et hangars du marché pour s'assurer que personne n’est laissé sur le carreau. Les échanges face à face étaient sans tabou et âpres.  

Une femme, assise par terre à côté des oignons qu’elle vendait, s’est écriée : « Nous ici on a faim, les choses sont difficiles, on veut simplement écouler quelques marchandises pour nourrir nos enfants à la maison. Si vous nous donnez à manger, on portera les masques et observera le reste des consignes édictées par le gouvernement ». Chose curieuse, après une tête à tête de l’Honorable député Eric Banybah avec elle, cette dame qui montrait son hostilité au départ, était devenue l’apôtre du port de masque sur place. Elle circulait et exhortait ses pairs à en faire autant, car disait-elle, « j’ai fini par comprendre que c’est l’affaire de nous tous ».

La réaction de cette dernière a joué largement dans la réussite de l’opération de sensibilisation des populations aux gestes barrières, afin d’empêcher la création des chaines de contamination à la COVID-19 dans la commune, et à lutter contre la désinformation liée à la pandémie. Pour preuve, aussitôt, tous les autres vendeurs et clients du marché se sont amenés en masse pour retirer les masques et les porter sur le champ  avant de rejoindre leurs étalages. C’est la tendance qui a prévalu jusqu’à la sortie du marché et ses environs. L’engouement pour le respect des mesures barrières, du moins pour le port du masque, a gagné la localité. Chose qui a agréablement surpris le préfet et le maire du Lacs 2. Ce dernier, Bénoit Messan AMAVI, a apprécié l'engagement et le tact des membres de l’ICTE COVID-19  avec à sa tête la promotrice Mme Vincenzia MEYER.  Il estime que c'est sérieux ce dont il est question.

 « Cette démarche citoyenne a fait bouger les lignes chez nous ce matin. Au-delà d’un simple concept, c’est une dynamique patriotique en action. Précédemment, c’est la peur du gendarme qui oblige nos concitoyens   d’Agouegan à porter un masque. Notre souhait est que ce changement de comportement perdure pour endiguer la propagation de la covid-19. C’est nécessaire. On doit se protéger et protéger les autres », a-t-il indiqué tout enthousiasmé.

Selon Dr Agbéwonou Kokou, Directeur préfectoral des Lacs qui était aussi sur les lieux, la préfecture compte à ce jour un cas confirmé au coronavirus et 12 contacts et 7 suspects sous contrôle. Il fait savoir que c’est donc important d'adopter scrupuleusement les mesures barrières car le risques est là, surtout que la préfecture est proche de la frontière. Et pour lui, des opérations comme celle de l’ICTE COVID-19 sont les bienvenues.

Pour les visiteurs, c’est un devoir accompli.

« Cette opération s'inscrit dans la démarche citoyenne  " un togolais, un masque ». Nous continuons nos actions sur le terrain chaque jour. Ce matin, nous sommes présents dans les Lacs. A Agouégan le marché s'anime tous les lundis, c'est une grande foule des Lacs et Vo qui s'est réunie ici. La maladie du coronavirus existe réellement et notre objectif est d'être aux côtés du gouvernement pour sensibiliser les populations à la prise de conscience et à observer les mesures barrières. Nous devons nous engager à lutter efficacement contre cette pandémie pour qu'ensemble on sort de cette crise sanitaire ", a expliqué Mme GBEBLEWOU Sokewo Cherita, membre du comité directoire de  l’ICTE COVID-19.

Et d’ajouter : «Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible. Donc, nous leur avons parlé de comment se transmet la covid-19, ses symptômes. Nous leur avons expliqué qu'à l'heure actuelle, il  n'existe aucun médicament pour guérir le mal, pas même de vaccin, d’où la nécessité de se protéger en observant les gestes barrières édictés par les autorités sanitaires du pays et de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Nous leur avons fait comprendre qu’entre mourir de coronavirus et vivre en luttant pour améliorer sa condition de vie, la seconde en vaut la peine. Ils y ont adhérés et le résultat c’est ce que vous êtes en train de voir vous-même. ».

Après, le convoi de l’« Initiative citoyenne  des togolais engagés contre le coronavirus » (ICTE COVID-19)  a pris la route, direction Aklakou, un autre canton de la commune Lacs 2. La délégation a fait escale tout d’abord au poste de police d’Agouegan, ensuite à la brigade territoriale de la gendarmerie d’Aklakou, où elle a fait don de masques et de savon liquide aux forces de l’ordre. Un geste très appréciés par ces derniers.

Don aux chefs

Pour ne pas faire les choses à moitié, l’ICTE COVID-19 a pris soin de rassembler à Aklakou le collectif des chefs traditionnels des 17 quartiers  composant la commune Lacs 2. Pour le compte de leurs sujets, chacun a reçu un lot de masque et de savon liquide. Ces gardiens des us et coutumes ont exprimé leur reconnaissance pour cette œuvre de bienfaisance, humanitaire et de santé publique.



Cultivateurs sensibilisés

L'équipe s'est aussi rendue au centre médico-social d’Aklakou où un important lot de bavettes  chirurgicales et de savon liquide a été remis aux responsables de l’unité sanitaire. Ceux-ci ont promis en faire bon usage pour se protéger, protéger les patients et toute la population d’Aklakou dans l’exercice de leur profession.

Pour boucler la boucle, l’ICTE COVID-19 a sillonné les artères et autres places de la commune, distribuant des masques. Les champs, les ateliers de couture, de mécaniciens, de menuiserie et de coiffures, les chantiers d’habitation en construction et autres, tous ces lieux sont passés au peigne-fin.

Au total, 4200 masques artisanaux dont 200 chirurgicaux et 300 bouteilles de savon liquide ont été distribués au cours de cette journée de sensibilisation et d’appui matériel dans la commune Lacs 2.

Sachons qu’à l’heure où nous mettons cet article en ligne, le coronavirus a déjà fait 11 victimes (dont la toute première fut notre confrère Dominique ALIZOU) sur les 164 personnes testées positives au Togo. 89 en sont guéris. C’est l’occasion de saluer leur mémoire. À l'échelle internationale, 187 pays dans le monde sont touchés par la pandémie qui a pour le moment contaminé 4,13 millions de personnes. 283.387 personnes en sont décédées, mais 1,42 million de personnes en sont guéris.

La sensibilisation se poursuit dans d’autres villes du Togo.

Retour sur l’origine du coronavirus et sa propagation

Parti de la Chine en décembre 2019, la pandémie du coronavirus s’est propagée en Europe et aux Etats-Unis début 2020, où elle  fait beaucoup de ravages. Si au départ l’Afrique paraissait épargné, c’est sans compter sur le fait que le virus pouvait franchir les frontières inaperçu par le biais des personnes infectées, la plus part asymptomatique. Cette situation est tout autant évidente compte tenu du fait que la covid-19 reste à ce jour pratiquement inconnu. L’Egypte, l’Algérie, le Nigéria et l’Afrique du Sud sont les premiers pays à être touchés sur le continent.

Au Togo, lorsque le premier ministre Sélom Komi Klassou annonça le 6 mars 2020 que le pays venait d’enregistrer son premier cas positif, la nouvelle est accueillie comme un fake news et cela pendant plusieurs jours. Comme argument pour soutenir leur scepticisme, beaucoup affirmaient que le gouvernement était à la recherche des fonds d’aide de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). D’autres, par contre, justifiaient déni par le  contexte politique qui a prévalu juste à la sortie de l'élection présidentielle du 22 février, scrutin qui a donné Faure Gnassingbé vainqueur avec plus de 70% de suffrages exprimés. Des résultats contestés par la dynamique Mon Seigneur Kpodzro dont le candidat Agbéyomé Kodjo est arrivé en seconde position. Aux yeux de leurs partisans, « le régime au pouvoir use de tout pour leur clouer le bec ». « On essaie de nous effrayer avec une maladie qui n'existe pas au Togo », scandaient certains irréductibles. Message capté par plusieurs des togolais, y compris ceux de la préfecture des Lacs, notamment la commune Lacs 2.

Conséquence, l'insouciance qui se généralisait entrainait l'augmentation des cas d’infections et de décès. La suite, les hautes autorités ont pris des mesures restrictives pour contenir et briser les chaines de contaminations.   Etat d'urgence sanitaire, couvre-feu à Lomé et Tchaoudjo. Des décisions justifiées par le fait que la pandémie soit devenue communautaire.

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