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19 juin 2020

Togo / Tribune de Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE : " Quelle réponse adéquate au racisme ?"


Depuis l’affaire George FLOYD la question qui se pose est de savoir : quelle est la réponse adéquate au racisme actuel et à ses manifestations les plus violentes ? Elle se pose à tous mais elle s’adresse spécialement à ceux qui en sont les premières victimes : les Noirs du monde entier. Certaines réponses ont été spectaculaires : des statues de personnages historiques, qui à un moment où l’autre de leur vie ont démontré leur racisme, ont été déboulonnées, détruites. Ailleurs on demande que des rues soient débaptisées tandis que certains affirment qu’il ne faut pas effacer des éléments de l’histoire des peuples au nom du racisme.

De fait, il est difficile de trancher ce débat si on pose le problème de cette manière.

En effet, ce qui interroge, c’est que le racisme perdure, non pas au plan de comportements individuels ponctuels en situation de conflits interpersonnels, mais comme tournure de pensée de groupes humains au point de dicter leurs comportements ordinaires à travers une déformation de toutes leurs perceptions.

Avouons que si le racisme n’était pas aussi actif aux Etats-Unis et en Europe depuis des siècles, s’il ne se développait pas de nos jours en Chine à l’encontre des étudiants Africains, si les Noirs n’étaient pas considérés comme des esclaves dans les pays arabes, si les Noirs pouvaient circuler sur toute la planète sans s’inquiéter de ce sentiment dévalorisant et hostile qu’est le racisme, alors on ne se soucierait guère de savoir si un ministre de LOUIS XIV, ou si Napoléon BONAPARTE ou Winston CHURCHILL étaient racistes, au point de ne pas vouloir voir leur représentation au détour d’une rue…

Pourquoi n’arrive-t-on pas à se débarrasser du racisme alors ?

Certains diront, c’est inscrit dans la nature humaine. Et on pourrait leur répondre : pourquoi les Blancs qui viennent en Afrique ne se plaignent-ils pas du racisme alors qu’ils sont minoritaires en Afrique subsaharienne ? Et si le racisme était vraiment inscrit dans la nature humaine, alors le combat des Martin Luther KING, Malcom X, MANDELA, les manifestations actuelles dans le monde entier n’auraient aucun sens. Il ne nous resterait qu’une solution : remplacer le racisme anti-Noir par le racisme anti-Blanc. Du coup, n’y aurait-il donc aucun progrès humain à attendre dans ce domaine ?

 Il nous semble plutôt que c’est parce que la réponse adéquate n’a pas encore été trouvée que le racisme perdure à l’encontre des Noirs. Les solutions habituelles ont en effet montré leurs limites.

Ainsi pendant longtemps les Noirs ont essayé de prouver aux Blancs qu’ils n’avaient aucune raison de se penser supérieurs : alors on leur a montré qu’on était aussi intelligents qu’eux en réussissant les mêmes études qu’eux, en décrochant les mêmes diplômes qu’eux. On a voulu démontrer que nous avions des sources culturelles aussi prestigieuses qu’eux en faisant remonter nos traditions à l’Egypte ancienne.

Si ces types d’initiatives sont un premier pas pour aller contre la dévalorisation inhérente au racisme, ils ne résolvent pas pour autant le problème. En effet parler aussi bien sinon même mieux français qu’un Français, c’est bien, mais si cela doit aboutir au fait que les langues africaines vont disparaitre de nos écoles, continuant à n’avoir aucun statut au plan mondial, alors qu’est-ce que les Noirs auraient gagné ? Et s’il faut une pandémie mondiale pour que les Noirs puissent enfin prouver leur créativité et leur inventivité, cela ne démontre-t-il pas plutôt qu’en général on n’a pas besoin d’eux mais surtout aussi qu’ils n’ont même pas su mettre avant ces qualités au service de leur propre développement ? C’est pathétique !

Il faut donc aller plus loin. Comment ? En se demandant pourquoi on en est arrivé là où nous sommes aujourd’hui. La réponse a déjà été donnée, ne serait-ce que par les débats et surtout les reportages qui ont suivi l’affaire George FLOYD : le racisme primaire qui consiste à assimiler le Noir à un sujet à dévaloriser pour exorciser sa propre peur de l’inconnu, ce qui est la source de toute xénophobie, a été érigé en idéologie de domination. Nous n’avons pas besoin de détailler cela.

Le vrai problème consiste donc à trouver le déclic pour faire tomber cette idéologie. Une remarque s’impose : l’entreprise de domination de l’Occident a commencé depuis longtemps mais c’est au 19ème siècle avec le colonialisme et au 20ème siècle avec le néocolonialisme et le néolibéralisme, qu’elle a vraiment trouvé ses marques. Alors, que faire ? Prendre les armes contre l’Occident ? Sûrement pas, ce serait un combat perdu d’avance à cause de la supériorité de son armement ; ce serait utiliser alors leurs armes préférées. Et aller sur leur terrain c’est être toujours en position de faiblesse, non pas parce qu’ils sont toujours les plus forts mais parce qu’ils demeurent la référence en tout et qu’ils font tout pour le rester. Et faire croire qu’il n’existe qu’un et un seul modèle de référence est justement une autre caractéristique de ce modèle de référence.

Un exemple frappant du refus du pluralisme : ce qu’on a appelé la mondialisation et qui a consisté en une exportation au plan mondial des modèles occidentaux. L’Occident dit que la viande c’est mauvais pour la santé, on y renonce aussi même si nous n’en consommons pas beaucoup habituellement, quelques années après c’est l’huile de palme (au nom de quels intérêts ?), on y va, même si la vitamine A qu’elle contient est indispensable pour nos enfants Aujourd’hui on parle de bio, la planète entière chante les bienfaits du bio mais défini comment ?

Le second exemple est l’Afrique francophone et sa gestion de la crise actuelle du COVID-19 : que de mimétisme alors que les situations réelles sont bien différentes et surtout alors qu’on a constaté un certain échec de la France dans ce domaine !
Oui tant qu’il faudra vivre en pensant que le top du top est de connaître les vins français en oubliant la gastronomie de son pays, tant qu’on pensera que le meilleur modèle de scolarisation est français, tant qu’on sera des "copieurs" alors le racisme aura toutes les chances de s’enraciner.
En effet le vrai problème est celui des valeurs de référence des individus et des sociétés. Et la valeur suprême qui a bâti l’Occident est celle de l’acceptation d’une société inégalitaire avec l’exaltation de la réussite individuelle, fût-ce au prix de la violence. Cheikh Hamidou Kane l’a déjà signifié dans L’Aventure ambiguë : l’Occident nous a vaincus en Afrique sans avoir raison. Et tant que nous garderons ce modèle, il s’appliquera à nous aussi, sous une forme ou une autre, dont celle horrible du racisme.

Ainsi, tant que nous aurons des dirigeants qui ne sont guère gênés qu’une minorité soit seule à jouir des richesses d’un pays, tant que nous aurons des pays où tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains de quelques-uns, alors le racisme, le tribalisme, le sexisme, seront toujours non seulement source des comportements quotidiens mais aussi et surtout instrumentalisés en idéologie de domination et de division.

Le salut résidera alors dans la construction d’autres modèles de référence que nous devrons aller trouver dans nos cultures : par exemple la solidarité. Mais cette recherche ne devra pas se faire de manière superficielle, car il ne se s’agit pas de solidarité clanique ou ethnique. En effet, qu’est devenue, par exemple la solidarité aujourd’hui ? Un marché de dupes, où règne le donnant-donnant au détriment du pauvre assujetti parce qu’il doit toujours quelque chose au riche.

Il ne s’agit donc pas de s’enivrer de mots mais de chercher dans notre histoire, dans notre culture des modèles de solidarité active et agissante à présenter aux plus jeunes de manière à ce qu’ils y puisent leurs valeurs de référence pour se construire avec une autre idée-force que celle de ressembler au Blanc et de vivre aussi bien que lui. C’est alors que le racisme apparaîtra comme une valeur démodée et minoritaire.

Mais ceux qui prônent l’unanimisme et "l’uniformisme" dans la violence et non l’acceptation de l’autre dans sa différence, la bataille pour les privilèges et non le vivre-ensemble basé sur la recherche du bien commun, ceux-là nous laisseront-ils développer notre modèle de société ? Oui, si nous commençons par la racine c’est-à-dire ce qui nous a été enlevé en premier : la foi en nous-mêmes. Et ainsi chacun « réveillera le colosse qui est en lui »

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