Radio Oreole Flash Info :
latest

728x90

468x60

13 novembre 2022

Guerre en Ukraine : "ça ne marche plus comme ça, Kadhafi était un mal nécessaire pour son peuple et Saddam Hussein aussi ", Umaro Sissoco Embaló à Emmanuel Macron


Umaro Sissoco Embaló a-t-il été touché par l'illumination lors de son passage à Moscou où il a été reçu par le président russe Vladimir Poutine le 25 octobre 2022? En tout cas, sans langue de bois, le chef de l'Etat Bissau-guinéen n' a pas été tendre sur la perception qu'il a de la guerre en Ukraine et de l'Universalisme. Lors de la 5ème édition du Forum de Paris sur la Paix, organisé par la France du 11 au 12 novembre 2022, il n'y est pas allé de main morte.  Paroles crues, yeux dans les yeux, tout y est.


Comme plusieurs autres dirigeants, Umaro Sissoco Embaló a pris part au 5ème Forum de Paris sur la Paix. Intervenant en tant que, non seulement au nom de son pays, mais aussi e tanque porte-voix de la CEDEAO dans le débat sur "l'universalisme au défi de la guerre". Le panel consacré aux crise multidimensionnelles, de la pandémie covid-19 au réchauffement climatique en passant par la guerre en Ukraine, a été animé par le président français lui-même. Avant de lui donner la parole, Emmanuel Macron a décrit le contexte "d'une CEDEAO dont les Etats membres vivent  les inégalités, connaissent la grande pauvreté,  sont touchés par le terrorisme, et surtout par aussi les ingérences et influences informationnelles de la     Russie".


Prié par son hôte de donner sa position sur ces évènements sensibles de l'heure, sur l'universalisme,  Umaro Sissoco Embaló, souvent critiqué et traité à tort ou à raison de "valet de la France", n'a pas fait dans la dentelle. Ces propos francs et directs pendant une bonne dizaine de minutes lui ont même valu des applaudissements dans la salle de conférence. En face, un Emmanuel Macron, qui semblait être surpris du discours de son interlocuteur, et qui pouvait se dire à l'intérieur de lui-même "ouf, quelle transfiguration! (ndlr). 



Universalisme à géométrie variable


Dans sa communication qui a succédé celle du président argentin Alberto, Umaro Sissoco Embaló a tout d'abord dénoncé le double standard et des valeurs à plusieurs vitesses ou à géométrie variable quand l'occident aborde la question de l'universalisme, quand il décide des sanctions, quand il s'agit de régler les conflits régionaux...


"On parle beaucoup à la télévision, dans la presse écrite de cette guerre entre la Russie et l'Ukraine, mais dans nos régions il y a aussi la guerre, le Mali, le Burkina Faso, en Amérique Latine les gens meurent tous les jours, mais pour la communauté internationale, la seule chose qui est sur l'agenda c'est le conflit entre l'Ukraine et la Russie, quelque chose qui pourrait être terminé rapidement s'il y a un dialogue sérieux", a-t-il évoqué.


D'un ton ferme et libre il l'emprise de l'occident sur les pays du sud, remettant en cause les interventions armées, ceux qui sèment le chaos en se comportant comme les gendarmes du monde, ceux qui croient détenir la vérité et qui martèlent à tout bout de champs que leur vision du monde est la meilleure.


"Si vous regardiez ce qui est arrivé dans notre région, c'est que nous disons toujours c'est l'occident qui décide pour nous sur nos territoires, comme ça été le cas de la Lybie. L'Afrique notre continent, quand il y a notre voix à attendre, personne ne l'entend, Alors je demande, est ce que nos frères de la Lybie, de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Somalie sont heureux aujourd'hui?  Non! Nous avons une solution et pour y arriver, il faut un dialogue entre le nord et le sud, même si nous sommes pauvres nous avons une dignité aussi", a expliqué le président Bissau guinéen.


"Kadhafi était un mal nécessaire pour son peuple et Saddam Hussein était aussi un mal nécessaire pour son peuple. Le peuple vivait bien sous leurs régimes et aujourd'hui je me demande s'ils sont heureux sans Saddam, sans Kadhafi? Il y avait la paix, et maintenant la paix comment on va l'acheter?", a-t-il lâché tristement.


Abordant la question sur le climat tendu qu'on observe actuellement dans la relation Franco-Africaine, il dit : "Il ne s'agit pas qu'il y a un sentiment anti français en Afrique de l'ouest, non c'est pas du tout ça la situation. Mais le problème de la Lybie a causé des conséquences graves pour le Mali, le Burkina Faso, le Niger...".


Le président en exercice de la CEDEA fait un parallèle entre la pandémie du covid-19 et la guerre en Ukraine pour illustrer son constat amère. "Même si le monde n'est pas juste, faut pas oublier qu'il y a par exemple covid-19. Depuis qu'il y a la guerre entre l'Ukraine et la Russie, le covid a disparu. Personne n'en parle plus même si la maladie continue d'exister, qu'elle fait des morts et qu'il y a d'autres pays qui en souffrent".


Sur la guerre en Ukraine et comment en finir avec


Tout en n'excluant pas la responsabilité de Russie, Umaro Sissoco Embaló pense qu'il faut une réflexion approfondie et sérieuse  sur comment finir cette guerre. L'implication d'autres acteurs serait, dit-il, profitable pour une négociation crédible et durable. Ce qui selon lui, a justifié d'ailleurs ses visite" au Kremlin et à Kiev. 


"J'étais il y a 15 jours avec le président Poutine, dans son bureau on a parlé presque trois heures, et moi j'ai eu l'impression que s'il y avait un dialogue séreux la guerre pourrait finir très vite. Poutine m'a dit de donner une grande accolade de sa part à son frère et ami Emmanuel Macron. Quand je suis allé à Kiev j'ai vu la destruction causée par la guerre. et j'ai dit à Zelensky qu'il faut qu'il parle avec Poutine pour sortir de cette guerre, Macron pourra jouer un grand rôle aussi. En Ukraine, on voit que tout le monde est touché par la guerre, mais par contre quand j'étais à Moscou, on a l'impression que personne n'est touché par ce conflit. C'est pourquoi je crois, Mr le président Macron, quand tu parles avec tes amis européens et américains, il faut que tu leur fasse entendre notre voix", a-t-il déclaré lors de sa prise de parole à ce 5ème Forum de Paris sur la Paix.


Et d'ajouter que les réalités géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques ont évolué et qu'il faut aller vers une autre façon de traiter les Etats, vers un monde multipolaire...: "C'est évident, pour moi c'est pas facile quand on m'appelle  et qu'on me dit il faut que tu te prononces pour nous. Mais non ça ne marche plus comme ça, l'ordre mondial a changé. Les BRICS maintenant comptent. Il y a l'Arabie Saoudite, l'Algérie, l'Egypte, le Venezuela qui vont s'associer aux BRICS. Et peut-être que la Guinée Bissau y sera aussi si nous avons du gaz ou du pétrole à l'avenir. Mais la plus importante est qu'il y ait du respect entre nous".


Umaro Sissoco Embaló a conclu sa communication en invitant les européens à ne pas rompre leur relation avec la Russie et les russes, surtout en matière de coopération sécuritaire : "Pour garantir la sécurité de l'Europe on ne peut pas se passer de la Russie. La Russie est importante pour la sécurité de l'Europe".

« PRECEDENT
SUIVANT »

Facebook Comments APPID